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La Saga des Indiens Blancs
Par : Georges-Hébert Germain



Intéressant ce bouquin de Georges-Hébert Germain. Je vous suggère ce livre et je voudrais citer ici, un passage de l’auteur:

"Ces Métis, libres et rebelles, ont été à peu près les seuls à réaliser volontairement cette fusion des races exemplaires, jusqu’au bout, jusqu’à ce que s’affirme une société mixte, autonome, distincte, fondée sur la tolérance et l’équité. Ils ont ainsi accompli une véritable révolution humaine, ce qui exigeait au départ une grande ouverture d’esprit et un certain sens de l’aventure.

Leur vie même a été une sorte d’essai, une entreprise fondamentale, la tentative de trouver une manière nouvelle de vivre ensemble, dans un monde plus juste où chaque individu, homme, femme et enfant, dans le respect de la collectivité, avait accès aux ressources de la nature, droit de parole, droit au soleil, au bonheur,  Il s’agissait de concilier les valeurs fondamentales de  deux civilisations, accueillant des hommes et des femmes issus de cultures parfois très lointaines, voir rivales ou ennemies, forgeant, inventant, dans un esprit de grande tolérance, une nation d’individus libres et égaux en droit et en fait. Du jamais vu,  du jamais vécu, Même si depuis que le monde est monde les hommes aspirent à vivre mieux, ils ont presque partout, presque toujours, créé des sociétés oppressives et exclusives, rarement capable de compassion, très fermées, peu attentives les unes aux autres.

Les Métis, eux étaient par nature ouverte aux influences de toutes sortes. Catholique, Protestants ou Animistes, ils parlaient français, anglais, sioux algonquin et un jargon où se trouvaient mélangées toutes ces langues. Ils vivaient de part et d’autre d’une frontière qu’avaient tracée sur leur territoire les administrations canadiennes et américaines. Ils n’appartenaient ni à la France, ni à l’Angleterre, ni aux États-Unis d’Amérique. Ils formaient un peuple fier et souverain. Tout chez eux était mélangé, leurs sangs, le sang de deux, de trois continents, de plusieurs races et leurs accents, leurs cultures, leurs mœurs, leurs idées, leurs croyances les plus intimes, leurs histoire.

Ils se sont inspirés  bien sûr des sociétés Européenne et Amérindiennes dont ils étaient issus. Aux peuples de la Prairie, dont ils sont toujours restés proches, ils ont emprunté un type d’organisation sociale très démocratique.

Sans nier la propriété individuelle, ils possédaient beaucoup en commun, ils travaillaient ensemble, partageant équitablement les tâches comme les richesses de la terre, les joies et les peines. L’organisation même de leur espace était fondée sur le partage, et favorisait une juste répartition des richesses. Chaque lopin de terre avait un accès à l’eau ; chaque famille avait droit à l’herbe pour ses chevaux, droit au bois d’œuvre et de chauffage. Tout individu, par le biais de la collectivité à laquelle il appartenait, avait de l’avoir et du pouvoir. Aider les plus démunis, les moins chanceux, était un devoir ancré profondément dans la culture Métisse.

Ces hommes et ces femmes aimaient la vie qu’ils avaient choisi de mener. Ils étaient profondément attachés à la terre où ils vivaient. Par-dessus tout. Ils  chérissaient leur liberté. Ils vivaient dans  une indépendance absolue, croyant vraiment n’avoir de compte à personne. Ils avaient leur propre gouvernement, ils élisaient leurs chefs, faisaient leurs lois. Ils ne se reconnaissaient aucun supérieur, aucune autorité, en dehors de leur communauté. Le chef suprême qui dirigeait leur destiné était élu démocratiquement ; et le cas échéant destitué démocratiquement. Il avait le devoir de consulter ses lieutenants, eux-mêmes élus par tous. Son mandat était limité à certaines activités et cessait dès lors que l’activité était accomplie. Ainsi le chef responsables de la chasse au bison organisait se campagne, commandait les opérations de chasse, de dépeçage, veillait au partage équitable de la viande et des peaux. Les Métis ont pris les armes pour défendre leur liberté quand on a voulu leur imposer d’autres lois, d’autres chefs, une organisation de l’espace incompatible avec leur mode de vie, rendant  impossible  l’accès à l’eau pour les uns, à l’herbe pour les autres.

Attenter à leur liberté était à leurs yeux un acte inconcevable. Ce serait menacer leurs existences mêmes, tuer leur âme. Ils devaient donc se battre. Même contre des forces largement supérieures aux leurs. Ils se sont battus, ils se sont défendus chaque fois qu’ils ont senti leur liberté menacée. Ce sont d’ailleurs les menaces et les pressions venues de l’extérieur qui ont chaque fois éveillé chez eux la conscience nationale et renforcé le sentiment de solidarité jusqu’à unir dans un même combat les communautés anglophones et francophones du Manitoba, du Dakota, de la Saskatchewan.



Les Métis ont été des rebelles non seulement parce qu’ils ont pris les armes contre l’Empire Britannique  et les Royalistes protestants de l’Ontario, mais d’abord et avant tout parce qu’ils ont refusé d’adopter les model sociaux qu’on voulait leur imposer et qu’ils jugeaient incompatibles avec leur conception de l’équité sociale. Ils se sont entêtés à chercher toujours  autre chose, à créer ce nouveau monde idéal dont tous rêvent.

En ce sens, leur démarche reste exemplaire.

Dans la grande chaîne de l’histoire, ils ont esquissé le modèle d’une société égalitaire et tolérante, fondée sur le respect de l’individu et des valeurs collectives. Leur vie a été un acte créateur. Le modèle de société qu’ils ont développé est toujours vivant, toujours à suivre ».


Merci à vous Georges-Hébert Germain, pour ce bel ouvrage, Vous avez entièrement raison, mais, la Nation Métis Contemporaine est assise sur ces grands principes que vous mentionnez, un droit de vivre, un droit à leur liberté et comme vous le mentionnez et en ce qui me concerne, je n’appartiens à personne, ni aux français, ni aux anglais, ni aux gouvernements et ni à Dieu, mais aux Métis seulement, voila ma liberté."


Germain Georges-Hébert « Les Rebelles », Les coureurs des bois- La saga des Indiens blancs, Montreal, Libre Expression, 2003, p. 158-159

 


 

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